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L’entretien d’admission, une affaire de mots (petite liste des fautes à ne pas faire face au jury)

18/01/2022

L’entretien d’admission, une affaire de mots (petite liste des fautes à ne pas faire face au jury)

 

“La forme, c’est le fond qui remonte à la surface”, disait Victor Hugo dans l’Utilité du beau, (sans savoir qu’il serait deux siècles plus tard aussi cité sur Instagram). La forme, c’est le fond qui remonte à la surface, voilà une phrase qui s’applique si parfaitement à un entretien d'admission. 

On ne parle pas là de votre cravate, de votre tailleur ou de vos mains sur la table devant le jury, mais de la forme de votre discours. C'est-à-dire les mots que vous employez. La forme de votre discours, qui prennent la forme de mots, de tournures de phrase, de syntaxe, en disent assez long sur le fond. Et on vous conseille vraiment de les regarder de plus près...parce que le jury, lui, les regardera. 

 

Comme le but de tout entretien est de montrer qui vous êtes, il serait assez contre-productif de faire une liste de chose à faire : on vous conseille d'être vous-mêmes, y compris sur la forme. Mais il y a quand même quelques bêtises qu'on peut ne pas faire.

Voyons rapidement ces quelques écueils à éviter, des plus évidents aux plus subtils. 

 

Petit résumé avant de commencer: 

-attention aux mots trop familiers qui affectent votre sérieux

-attention aux formulations bancales qui décrédibilisent votre propos

-attention aux jugements de valeurs qui attirent les questions qui piquent

-attention à bien choisir vos mots quand vous analysez quelque chose

-attention à éviter certains mots qui traduisent certains manques ou certains excès

 

Attention au relâchement dans vos formulations

Tout premier point, qui paraît évident : vous êtes en entretien, respectez une certaine formalité. C’est curieux venant de nous, au repaire, qui avons tendance à nous foutre des règles et à vous encourager à ne pas être des pingouins. Mais il y a un équilibre à trouver. 

 

Commencez donc par rayer de votre vocabulaire toutes les formulations qui font "café du commerce". 

-“Chui” à la place de “je suis”, “enfin c’que j’veux dire” et autres oralités pas nécessaires

-le vocabulaire trop familier (“bouquin”, “truc”)

-les “etc” et autre tics de langage qui ne font que rendre votre propos imprécis

- toute autre chose qui rend votre propos trop familier. Exemple : “Macron” à la place d’“Emmanuel Macron” 

 

Exemple de réponse à ne pas faire au jury : “Bah déjà quand on regarde l’histoire, …” A notre avis, le “bah déjà” est de trop.

“En fait je pense que c’est juste des gens qui se révoltent”. Pareil, le “en fait” et le “juste”, exit. 

Entendu l’autre jour : “parce que c’est gentil de dire XYZ, mais je veux dire, le numérique peut être un facteur d’intégration.” Interdiction absolue. Même si ce que vous dites est génial. On peut dire exactement la même chose en disant : “je comprends le point de vue selon lequel XYZ, mais le numérique peut être un facteur…” Vous voyez ?

 

Et pour ce qui est de Macron / Emmanuel Macron, faites comme Bourdin et Plénel : toujours prénom + nom quand vous parlez de quelqu’un. 

 

En résumé : surveillez le vocabulaire ou les tics de langage trop familiers, c’est l’équivalent oral de la chemise non repassée : ça fait vraiment mauvais genre. 

 

Maintenant, gardez une certaine oralité et soyez vivants quand vous parlez, ne commencez pas à nous jeter des “par voie de conséquence” et des “ce faisant” de technocrates. Trouvez un équilibre. Propre, simple, vivant...mais pas relâché. 

 

Attention aux formulations bancales

Deuxième point. Essayez, dans la mesure de ce que vous pouvez faire dans les conditions de stress, de ne pas faire trop de fautes de français ? C’est moins grave que les formules relâchés, mais ça joue quand même.

 

Exemple de formulations bancales entendues ces derniers jours : 

“J’aimerais beaucoup participer à la vie associative de Sciences Po, notamment au point de vue sportif” / “J’aimerais m’investir dans l’aspect associatif”. Minute. Soit vous vous investissez dans une asso, soit vous aimez l’aspect associatif de l’école. Mais de grâce, ne mélangez pas les deux ! :)

 

ou encore des pléonasmes :

“La légalisation d’une loi” (Merci Charlotte:)

“L’illégalité juridique” (Merci Emilie:)

 

ou, plus subtil encore : 

“TOTAL prône le gaz de schiste”. On prône une idée, des valeurs, un comportement, mais il nous paraît compliqué de prôner le gaz de schiste. C’est chelou.

 

“...Donald Trump, qui a des valeurs racistes”. Alors, Donald Trump, à qui on reproche d’être raciste. Donald Trump, qui laisse transparaître un certain racisme dans son discours. Mais “valeurs racistes” ? C’est chelou. 

 

En clair : toutes ces fautes sont (pour la plupart) de l’inattention, souvent liées à l’anxiété face au jury, impossible donc de vous demander de les éviter à 100%. Ce que vous pouvez faire en revanche, c’est de ne pas en faire sur les terrains que vous avez prévus. Donc, pas de “je veux m’investir dans l’aspect associatif” dans vos présentations, ou sur des questions que vous avez vraiment pu prévoir. 

Pour ce qui est du reste de l’entretien, faites ce que vous pouvez. Essayez autant que vous pouvez de garder cette objectif de précision du vocabulaire en tête. 

 

Et surtout, par pitié, virez les “donc bonjour” quand le jury vous invite à vous présenter, ou les réponses qui commencent par "par rapport à [XYZ sujet], je pense que". C'est courant d'entendre, mais c'est pas du bon françois. 

 

Attention aux jugements de valeur

N’oubliez jamais qu’en entretien, c’est vous, le.la candidat.e, qui nous intéressez, pas le sujet dont on parle.

 

Suite logique : votre avis, on s’en fiche. C’est votre manière de raisonner qui nous importe. 

 

Suite logique : attention aux jugements de valeur. Ils nous en disent plus sur vous que sur autre chose. 

 

Exemple de jugement de valeur entendu récemment : “Il y a trop de fonctionnaires”. Réponse automatique de n’importe quel jury, même à moitié endormi : “Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?” Là, les problèmes commencent.

Et s’ils sont plus vaches : “quel est le bon nombre de fonctionnaires, pour vous ?” Là, la liquéfaction commence.

Et s’ils ont vraiment envie de jouer / vous envoyer un missile : “il y a combien de fonctionnaires dans les 3 fonctions publiques ?” Et normalement, là, vous regrettez amèrement d’avoir dit “il y a trop de fonctionnaires”. 

 

“Il s’agit d’une vraie réforme” (c’est quoi une fausse réforme ?)

“il est extrême de demander la démission du ministre de l'intérieur” (extrême ? Etes-vous en train de dire que l'opposition n'est pas raisonnable ?)

“raisonnable” (définissez raisonnable”)

“juste” (et le contraire serait injuste ?)

...vous voyez le tableau. 

Méfiez-vous de votre vocabulaire de jugement comme de la peste bubonique, à moins de vraiment gérer le sujet et de pouvoir justifier votre jugement. Conseil (justifié par les centaines et les milliers d’entretiens qu'on a fait au repaire) : lâchez autant que possible le vocabulaire de jugement de valeur. (On ajoutera volontiers que ça vous permettra généralement d'affiner votre pensée).  

 

D’autant qu’il est tellement plus facile de laisser quelqu’un d’autre prendre la responsabilité du jugement ! “On a beaucoup reproché au président Macron de ne pas avoir la légitimité pour cette réforme, souvent jugée trop XYZ. Je pense qu’on aurait davantage à gagner à parler de l’enjeu central de la réforme, qui…” C'est pas une manière détournée de dire que vous pensez que le président n'est pas légitime ? Ou encore, “le mouvement 5 étoiles, qualifié par beaucoup de populiste...”. Et hop, même principe. Vous faites votre jugement, en scred, derrière un “on”, sans vous exposer aux foudres du jury. Mais on parlera de ce genre de techniques dans un autre article. 

 

En résumé : sauf exception, fuyez le vocabulaire de jugement de valeur, quel qu’il soit.

 

Attention aux mots employés pour analyser

Attention enfin aux mots qu’on utilise qualifier quelque chose ou quelqu’un au sein d’une analyse. Tout simplement parce que cette catégorie de mots là a une influence sur le contenu-même de votre pensée ou de votre raisonnement. En clair : le fond et la forme se confondent.

 

Quelques exemples : 

-populiste

-démocratie

-capitalisme

-autoritaire

-politiquement correct

 

Faites très attention à votre choix de mots. 

 

-Populiste ne veut pas dire extrême-droite, ni démagogie

-capitalisme ne veut pas dire libéralisme, ni néolibéralisme, ni libre marché

-autoritaire ne veut pas dire totalitaire, ni dictatorial

 

On vous donne là des exemples qui calent bien avec des discussions de type politique (coucou Sciences Po), mais c’est vrai pour tous les sujets.

 

A notre avis, ce sont ces mots-là qu’il faut soigner le plus, parce qu’en partant sur le mauvais mot, c’est votre propos entier qui peut se casser la figure. D’autant que souvent, pour ces mots-là, la définition n’est pas simple, d’autant plus que la situation à laquelle s’applique l’analyse ne l’est pas non plus. 

 

Exemple : parler de dictature dans le cas de la Russie, c’est compliqué. Sauf que, parler de démocratie, ça l’est aussi.

 

Dans ce cas, botte secrète. Définissez vous-mêmes les termes, et jouez là-dessus pour réfléchir : 

 

“La Russie, c’est une démocratie, pour vous ?”

-Tout dépend de ce qu’on appelle démocratie. Si la démocratie c’est des élections, alors oui, la Russie est plutôt démocrate. Si la démocratie, c’est une souveraineté du peuple par des élections, mais aussi, le respect des droits de l’Homme et une forme de séparation des pouvoirs, alors non, pas vraiment. 

Et à partir de là vous pouvez construire votre raisonnement, en choisissant vous-mêmes votre définition. 

 

Autre manière de faire : dire explicitement au jury que le régime Russe est difficile à définir. "La Russie, qui est un régime qu'on peinerait à qualifier tant il est mi-démocratique mi-autre chose, appelon ça un Objet Semi-démocratique Non Identifié". Cette phrase, pour nous, est tout à fait possible dans un entretien, parce que 1) qui a dit qu'il fallait forcément réussir à bien nommer les choses 2) votre réflexion nous intéresse bien plus que le reste, par conséquent, votre difficulté à qualifier un régime, par exemple, nous dit quelque chose de votre subtilité intellectuelle. 

 

En résumé : autant que possible, quand vous allez sur du vocabulaire d’analyse, essayez d’être précis, ça vous évitera pas mal de galères. Et dans tous les cas, faites attention aux mots (qualifiant des phénomènes complexes, souvent), qui vous attireront parfois des problèmes.

 

Attention au mots casse-gueule

Dernière catégorie de mots à surveiller (et d’erreurs à éviter) : les mots qui peuvent énerver le jury. 

 

Première catégorie : le vocabulaire anglophone à la mode (à exclure surtout pour les Sciences Po)

-les classiques (“leadership”)

-les mots à la mode (“empowering”, "smart")

-les mots cache-misère (“challenger (verbe)”) (“défier” existe dans le dictionnaire aux dernières nouvelles)

-les mots de la startup (“disruptif”, on ne parle même pas d' "equity" et autres vocabulaire de la startup nation)

 

Ecoles de commerce, vous faites ce que vous voulez, mais Sciences Po et les autres, évitez ce genre de novlangue, certains jurys y voient les signes d’une mauvaise maîtrise du français. 

 

Deuxième catégorie : le vocabulaire de “mépris social” (désolé, on n’a pas de meilleur mot). 

 

Exemples : 

-“la population”

-”pays sous-développés”

-”les gens ne comprennent pas que”

 

Le fait est que beaucoup d’entre vous vienent de milieux favorisés, et 100% y seront après l’école (il suffit de regarder comment les grandes écoles votent pour s'en rendre compte). Et il n’y a aucun problème avec ça. Simplement, face au jury, faites attention à ce que vous dites, et prenez soin de choisir des mots qui ne prennent pas le monde de haut, et si possible même, qui montrent que vous êtes bien conscient.e.s de votre chance.

 

On ajoute notre petit grain de sel. Le fait que vous soyez admissibles ou même admis.e.s à ce genre d'écoles prouve que vous êtes rapides de la tête, pas que vous êtes intelligents (et il y a une sacrée différence entre les deux). Si donc on vous demande de faire preuve d'humilité dans vos propos, ce n'est pas qu'une affaire de stratégie face au jury (qui ne pardonne jamais l'arrogance), c'est aussi parce que c'est humainement la chose la plus raisonnable à faire. Gardez en tête que vous êtes, comme nous tous, y compris au repaire, des idiots, un peu plus savants que les autres peut-être, et ne dites jamais des choses comme "les gens ne comprenne pas que" :)

 

Conclusion

-attention aux mots trop familiers qui affectent votre sérieux

-attention aux formulations bancales qui décrédibilisent votre propos

-attention aux jugements de valeurs qui attirent les questions qui piquent

-attention à bien choisir vos mots quand vous analysez quelque chose

-attention à éviter certains mots qui traduisent certains manques ou certains excès

 

Maintenant, que tout ceci ne soit pas source de stress pour vous : les jurys savent que vous êtes jeunes, que vous êtes stressé.e.s, et passeront l’éponge sur pas mal de faux-pas. Soyez simplement conscient.e.s des mots que vous employez, c’est plus important que ce que vous pensez. 

 

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